lundi 5 mai 2014

De l'iniquité salariale

Iniquité n. f.
  1. Caractère de ce qui est injuste; injustice grave.
  2. Acte commis contrairement à la justice, à l'équité.
Lorsque la crise des sub-primes a éclaté en automne 2008, je travaillais dans une grande entreprise française. Quand je dis grande entreprise, je parle d'une entreprise qui emploie 10 000 personnes à travers le monde, qui fait partie du CAC Next 20 (les 20 entreprises qui suivent celles du CAC 40) et dont le directeur général fait partie des 3 patrons les mieux payés de France. Une entreprise dont le chiffre d'affaire annuelle avoisine les 2 milliards d'euros.

En 2008, la crise économique (dont nous ressentons encore les effets aujourd'hui) éclate. Pour faire face à cette menace, la direction de l'entreprise impose immédiatement un gel des salaires, et un gel des embauches. L'entreprise va même jusqu'à retirer une ampoule sur deux dans les couloirs pour économiser de l'énergie. Et à la fin de ce même automne 2008, on apprends que notre cher directeur général reçoit une prime de la part des actionnaires.

En 2011, les revenus de ce même directeur s'élevait à près de 11 millions d'euros annuels, une somme faramineuse, l'équivalent de 670 SMIC de l'époque. En 2013 son salaire était de presque 15 millions d'euros, soit 875 fois le SMIC. Dans une entreprise de 10 000 employés, et dont le patron n'est même pas le fondateur, une telle inégalité me semble totalement injuste. La valeur de l'entreprise est due à chacun de ses employés (qu'il tenait à appeler collaborateur pour nous faire croire que nous étions égaux...).

En Suisse, un référendum d'initiative populaire1 a proposé d'imposer une limite à ce genre d'inégalité salariale. L'initiative 1:12 proposait que dans une entreprise, le plus haut salaire ne dépasse pas 12 fois le plus bas. Nombre de capitalistes frémiront à cette idée, mais on peut se demander si il est vraiment nécessaire d'avoir plus de 12 SMIC2 pour avoir le bonheur. En France, en janvier 2014, le SMIC était fixé à 1 445€ bruts mensuels. Pour un dirigeant, cela reviendrait à 17 340€ par mois, ce qui est largement suffisant pour tout un chacun.

1. Un concept très intéressant, je reviendrais dessus un peu plus tard.
2. En partant du principe que le salaire le plus bas dans une entreprise est un SMIC.